Art et Psychanalyse

Organisation

  • Héliane Ventura
  • Eric Le Toullec, Président du Collège des Psychanalystes de l’Aleph, enseignant dans l’association Savoirs et clinique

Présentation


L’inquiétante étrangeté : cent ans après

C’est dans le domaine de la créativité littéraire et artistique que nous avons choisi, dès le lancement de ce séminaire, d’interroger à nouveaux frais, 100 ans après l’inventeur de la psychanalyse, la notion d’inquiétante étrangeté. Dans son article éponyme en 1919, Freud, à partir d’une analyse audacieuse de « l’homme au sable », le conte d’Hoffman qu’il contribue alors à rendre célèbre, y décèle un véritable marqueur de l’inconscient et de son rapport à la castration.  C’est aussi, faut-il le rappeler, dans une période de crise, celle d’une Europe dévastée par la pénurie et les séquelles de la guerre, qu’il décida de s’y intéresser.

Le fil rouge de l’inquiétante étrangeté dans la fiction et le film est l’occasion d’interroger les formes nouvelles de la narrativité. Des fictions littéraires contemporaines, voit-on émerger un discours porteur du sujet, de sa complexe opacité et de ses surdéterminations inconscientes ? Au fond, faut-il à ce titre considérer l’inquiétante étrangeté comme une forme nouvelle de subversion ?  Ou bien faut-il faire le constat résigné d’un certain délitement du lien à l’Autre dans des « fictions bienveillantes », centrées sur une version appauvrie du traumatisme et les sollicitations réparatrices du récit ? Certaines fictions récentes mettent en effet en avant une valorisation de la contingence historique du traumatisme. L’absence de considération pour la dimension inconsciente du traumatisme conduit à une certaine dévalorisation du registre de l’implicite, c’est-à-dire à une causalité essentiellement rapportée comme extérieure au sujet (sociologique, historique, évènementielle). Ces remarques dans le champ littéraire découlent aussi d’une certaine évolution du lien social, laquelle influence directement la manière dont le sujet contemporain se saisit de la langue et de ses modalités d’énonciation. Ce qui fait ici obstacle dans le champ de la littérature ne constitue-t-il pas le reflet, après-coup, d’une apologie généralisée de la transparence en vogue dans le discours commun depuis les années 80 ? Le risque est de voir alors la littérature s’abîmer dans une visée réparatrice et faire le jeu déjà bien entamé de la dépoétisation du monde. Littérature, symptôme d’un monde en proie au mirage de la transparence et d’un progrès sans limites, ou bien inquiétante étrangeté comme remède poétique à une causalité trop mécanique ? Voici les termes de la réflexion que nous tenterons de soutenir en reprenant l’étude approfondie de « l’inquiétante étrangeté » de Freud, à partir du conte d’Hoffman, de nouvelles canoniques ou  contemporaines,  de films et de tableaux.

 

Séances du Séminaire « Art et Psychanalyse » pour l’année 2018-2019

  • 8 septembre 2018 : Le concept d’inquiétante étrangeté : Définitions et Contextualisation
  • 13 octobre 2018 : « L’homme au sable » d’ E.T.A Hoffmann
  • 10 novembre 2018 : « Psychose » d’Alfred Hitchcock
  • 8 décembre 2018 : « The Tell-Tale Heart » d’Edgar Allan Poe
  • 9 février 2019 : « Night » d’ Alice Munro 
  • 16 mars 2019 : « Some are Born to Sweet Delight »  de Nadine Gordimer
  • 6 avril 2019 : Colloque « Les femmes Meurtières »
  • 10 mai 2019 : Journée d’Etudes Nadine Gordimer « Keeping Fit »