Laboratoire Cultures Anglo-Saxonnes (CAS)


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AXE 2 - Lieux communs

 
Dans la continuité de travaux antérieurs sur l'espace, cet axe interdisciplinaire s'intéresse aux lieux communs, entendus à la fois dans leur sens littéral de territoires communs et dans leur sens métaphorique de cliché et de banalité.
Au niveau géographique, symbolique ou imaginaire, les lieux communs sont des terres ou des territoires habités ou non-habités par l'homme et appropriés de diverses manières, violentes ou respectueuses. Ils sont aussi constitués de liens sociaux, culturels, mémoriels, langagiers, ou encore virtuels.
Les lieux communs sont encore des lieux ordinaires, réhabilités par l'art et la littérature. Simultanément inscrits dans un contexte historique et soumis à d'incessantes mutations, ils suscitent une réinvention paradoxale des mémoires et des mythes, mais aussi des dires et des rites du quotidien. Loin de saisir le sens dans le stéréotype, ils instaurent un élan extraordinairement poétique au sein du prosaïque.

   

Lieux de recherche

Dans la continuité de manifestations antérieures, consacrées à l’espace urbain (L’Art de la ville, Descendre dans la rue, Marcher dans la ville), les recherches de Poéthiques s’orientent désormais vers les abords de la ville : les petites villes, les banlieues, les modes d’approche (rues, routes, gares, ports…). Nous nous intéressons en particulier aux modes de définition d’une communauté sociale, religieuse, politique ou culturelle associée au lieu (la rue, la foule, le quartier, la maison…). Nous tentons de cartographier, à travers l’art et la littérature, de nouveaux modes d’expression urbains : les langues, les accents, les manières corporelles ou les styles de vie. La ville comme lieu de contagion est envisagée (on songe à la propagation des maladies, mais aussi des rumeurs et des modes). La ville comme lieu de reconstitution ou d’archivage (la ville fantôme) est aussi étudiée. Nous considérons encore les formes de représentation des lieux invisibles, comme les réseaux souterrains, ou des lieux périphériques, comme les motels, les autoroutes, les hôpitaux, les cimetières.

Les recherches de Poéthiques sont également orientées vers la notion de home, et des paramètres qui la circonscrivent. Le rôle de la mémoire et de l’oubli, mais aussi du corps et des choses dans l’élaboration d’un lieu commun, même inhabitable, suscite la réflexion. En particulier, nous nous interrogeons sur le récit de guerre, où le regard que les soldats portent sur la ville étrangère, devenue zone de combat, altère profondément la vision et la mémoire de la ville originelle (home), lors du retour au pays.

Enfin, nous envisageons la notion de lieu commun comme intervalle de rencontre entre la ville et la nature. Nous nous intéressons en particulier aux manifestations de la nature dans la ville. Trouées de sauvagerie au coeur des habitats et des habitudes, déchirures rebelles au sein des palimpsestes et des patrimoines, ou encore recréations artificielles d’une authenticité et d’une antériorité, les résurgences naturelles manifestent moins le retour vengeur ou maîtrisé du wilderness au cœur d’un monde clos et construit que la résistance du lieu à la communauté d’une nomination en termes d’environnement. Frontalier, le lieu n’est paradoxalement commun que dans l’éventualité d’une contradiction.
 
  • Voyons voir 
 
Nous envisageons tout d’abord les « lieux communs » qui ont inspiré les artistes — ces lieux d’inspiration commune qui sont à la fois le signe de quêtes partagées mais aussi les terrains de dissidences ou de divergences.

La question du cliché, en photographie notamment, mais pas seulement, nous intéresse, car ce « lieu commun » est aussi un lieu de rencontre et de convergence des systèmes de représentation et des normes picturales, en fonction de contextes sociaux, scientifiques ou religieux spécifiques. Ainsi, à l’occasion des 60 ans de Lolita nous nous attachons à explorer la manière dont la figure de la célèbre nymphette est devenue très tôt un lieu commun, un cliché de magazines féminins, et la façon dont son image circule depuis lors entre les textes et les images, et au sein de différentes cultures, comme en miroir de la manière dont Nabokov avait intégré les lieux communs de l’Amérique (ses lieux, son langage publicitaire, ses images bon marché) dans le texte-source.

Il est également fructueux d’étudier les mécanismes qui font que les œuvres d’art absorbent et renvoient ce « qui est dans l’air », tant sur le fond (choix de référents) que sur la forme (choix plastiques). Dans cette perspective, nous nous intéressons à la peinture de genre dite de « fantaisie », en vogue au XVIIIe siècle en France et en Angleterre, afin de faire progresser la connaissance des écosystèmes picturaux qui se sont développés dans les cultures anglophones depuis la première modernité.

Nous interrogeons également ce qu’il n’est pas toujours facile de saisir, ce pour lequel un effort est nécessaire afin d’atteindre l’impalpable (« voyons voir » / « let me see »), car pour des œuvres éphémères (danse, performance, land art, installations lumineuses ou sonores) ou des œuvres numériques, les enjeux de représentation et de perception ouvrent des espaces sémiotiques complexes, et souvent hybrides. La question du lieu commun en terme de réception des œuvres (salle de spectacle, musée, espace urbain, espace domestique, internet) permet ainsi de déployer des réflexions sur le statut d’œuvres appartenant à la fois au passé de la performance et au présent de leur survivance sur la Toile.

  • Lieux de passage/Lieux de parole
 
Partant du principe que la littérature et les arts ne se déploient pas hors lieu, nous nous intéressons aux géographies littéraires et artistiques afin d'examiner les modalités et les enjeux spécifiques du discours sur les « lieux communs » en tant que dire à la fois singulier et collectif, mouvant et polyphonique.
 
Nous examinons en particulier la notion de cosmopolitisme. Depuis le dix-huitième siècle, écrivains et artistes ont cherché à identifier et à cultiver une communauté d'esprit, de valeurs, de pratiques, de discours etc. affranchies des frontières nationales ou des engagements patriotiques. Le cosmopolitisme se conçoit alors comme un rapport ouvert au monde, à l'espace et à l'autre, qui conduit à proposer le "kósmos" comme lieu commun, espace d'une communauté transnationale où géopoétique et géopolitique s'entremêlent. Ce cosmopolitisme artistique se traduit souvent par des formes de nomadisme, vagabondage ou déracinement (exil volontaire ou subi) qui conduisent en outre à une hybridation esthétique et à des formes de croisements (polyglossies, polyphonies, intermédialité). Nous étudions les évolutions, modalités et enjeux de ce cosmopolitisme artistique et littéraire. Tout en le distinguant de ce qu'il est convenu d'appeler "mondialisation" ou "globalisation", nous réfléchissons à son rôle dans les révolutions poétiques ou artistiques, à ses modes de diffusion/réception, aux lieux privilégiés où il s'inscrit (revues, ateliers, salons, colonies d'artistes expatriés, etc.) ainsi qu'aux  rapports poéthiques qu'il induit.

Un des lieux auquel nous nous intéresserons tout particulièrement est la Méditerranée, lieu cosmopolite par excellence et objet d’étude susceptible de réunir chercheurs anglophones et chercheurs issus d’autres départements universitaires, ainsi que d’autres instances politiques et artistiques hors campus. Nous souhaitons renouveler le regard porté sur un espace maintes fois travaillé en l’inversant, en proposant une exploration non pas du lieu même mais des chemins qui y conduisent et qui la construisent. Partant non plus de mare nostrum mais de ces marges floues qui caractérisent sans jamais le délimiter le pays méditerranéen, nous étudierons la Méditerranée comme étant un lieu dont les différents réseaux de routes et de canaux ouvrent l’errance et constituent autant d’appels au lointain. L’étude des relations poétiques et politiques entre la Méditerranée et son arrière-pays nous conduira à examiner de multiples objets qui disent ce lieu : textes et cartes, écrits ethnologiques, historiques, et littéraires, approches scientifiques et artistiques, poèmes et fictions, lettres et carnets de voyage, clichés littéraires et photographiques.

Nous nous intéressons enfin aux « dires et redires » du discours, et en particulier à la voix comme lieu de voisinages et de porosités épistémologiques entre arts, histoire et sciences. La voix traverse tous les espaces d’échanges (lieux réels tels que le musée ou la scène de théâtre, mais aussi la littérature ou la peinture) selon des modalités et des enjeux différents. La voix est ce qui définit notre humanité et ce qui en pose aussi la limite: elle est ce qui marque l’absence et disparaît sans le relais de l’écriture ou de la transcription. La voix nous définit et nous différencie autant qu’elle nous lie, et peut se faire entendre à travers des formes aussi variées que la production artistique ou les écrits politiques. Mais réfléchir aux modalités de la voix, c’est aussi réfléchir à la façon dont les voix minoritaires émergent hors du discours dominant. Enfin, nous considèrerons la voix comme symptôme et objet d’études scientifiques (orthophonie, thérapie par la voix).

  • Terre(s) et liberté(s)
 
La relation entre la terre (planète, territoire, matière) et le thème de la liberté ou des libertés implique la relation des peuples à la terre en termes de possession et de dépossession, d’enracinement et de déracinement, d’assujettissement et de libération, de reconstructions et aussi de préservation. Sont concernées l'histoire des peuples autochtones mais aussi la reconstruction des territoires et un retour à la liberté par la littérature, les arts ou la défense de la langue. Le monde animal et végétal, la nature dans son ensemble, jouent un rôle important dans la relation entre terre et liberté vue sous l’angle de la préservation et du dialogue entre l’humain et le non humain.

C’est ce « lieu commun » entre nature et vie des peuples qui rappelle que la terre est un espace commun à partager pour préserver la liberté des peuples qui l’habitent et aussi maintenir la richesse de la biodiversité. La dimension écologique de cette relation est fondamentale. Le rôle et la place des peuples premiers rappellent que ce lieu commun qui est la terre est d’abord un espace longtemps préservé par des peuples que la colonisation a tenté d’uniformiser ou de détruire en divisant leur espace de vie. L'écriture et toutes les formes de représentation ont un rôle actif dans la protection des hommes et du monde naturel. L’étude du rapport entre écriture et écologie permet de réfléchir au rôle politique des arts et de la littérature en particulier dans la protection des libertés et la préservation de l’intégrité des peuples et de la terre. Toutes les aires géographiques de langue anglaise (Royaume Uni et Irlande, Etats-Unis, Canada, Afrique, Australie, Caraïbes, Inde...) mais aussi ces mondes anglophones mis en relation avec d’autres aires comme l’espace méditerranéen permettent d’aborder la relation entre le Nord et le Sud mais aussi la manière dont le monde de la pensée et de l’imagination peut transformer les divisions actuelles en un véritable « lieu commun ».

L’étude de la relation des peuples à la terre amène à évoquer l’agriculture, la mémoire de la terre et la mémoire collective, les mythes, mais aussi la terre planète et donc les relations politiques entre états et communautés ainsi que les migrations, les frontières mouvantes, les lieux de plantations ou de déracinements (esclavage, société créole...). Cette approche des « lieux communs » permet d'aborder le double sens du mot culture : le sens littéral de « travail de la terre » et le sens figuré, réunissant « la culture des lettres, des sciences, des beaux-arts ». La littérature, considérée comme un combat et une arme de reconstruction (au service de la défense de la terre planète, des territoires volés, des terres blessées et de leurs peuples) reste un élément central.

La terre devenue paysage est aussi lieu d’écriture, de poésie ou de peinture, ou lieu de chant et de parole ; l’oralité et la littérature des Premières Nations et des peuples autochtones apparaissent comme l’expression d’une identité libre qui trouve ses fondements dans la terre écoutée. On peut aussi se demander s’il existe un discours de la terre : peut-on parler d'une  oralité du monde non humain ? Tout ce qui concerne le monde animal, le discours animal, l'écriture animale (traces et constructions) peut enrichir la réflexion sur la relation entre l'humain et le non humain. Y a-t-il une liberté de la terre non humaine dès lors que l'humain intervient et y grave son discours ? C’est une question fondamentale que pose la thématique de « Terre(s) et Liberté(s) ».
 
Projet de publication : Commonwealth Companion
Webmestre pour Lieux Communs : Marie Bouchet
 
 


 

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