Laboratoire Cultures Anglo-Saxonnes (CAS)


Accueil CAS > Projets et thèmes : quadriennal 2015-2020 > Axe 1 : Faire désordre

AXE 1 : Faire désordre

L’axe 1 poursuivra la réflexion menée sur les questions de genre et de sexualité dans le précédent quinquennal, mais l’élargira aux notions de résistance et de dépassement, de subversion et de transgression dans les arts et la culture anglophones, ainsi que dans l’étude de la langue elle-même.
Elle fédèrera des chercheurs issus des précédents sous-axes du CAS (études transversales sur le genre, l'image fixe et en séquence, linguistique anglaise, littérature et civilisations, notamment études des minorités du monde anglophone). L’accent sera mis sur les potentialités dynamiques du désordre; plutôt que d'être conçu comme une menace de destruction dénuée de finalité, il sera envisagé dans sa dimension productive et créatrice.

Des cadres théoriques très divers pourront être mobilisés : sans que cette liste soit exhaustive, les analyses de Michel Foucault qui pensent ensemble techniques de normalisation et phénomènes de résistance ; les thèses de Judith Butler soulignant que l'assujettissement à l'ordre symbolique est constituant du sujet et qu'il  est donc la condition paradoxale d'une potentielle agentivité; les travaux de féministes et d’historiens de la réception qui mettent en avant la manière dont un individu ou un groupe marginal “négocie” le sens d’un texte ou d’une œuvre et, ce faisant, se l'approprie; les écrits de Mikhail Bakthine sur les potentialités esthétiques et politiques du carnavalesque ; les textes de Thomas S. Kuhn sur les conditions d'émergence de nouveaux paradigmes. Le travail de recherche autour de cette problématique se déclinera selon trois volets :
   

Thématique 1. Déstabilisation des ordres établis

Ce premier volet s'intéressera aux discours et aux pratiques qui inquiètent et déstabilisent les ordres établis dans les cultures anglophones : les inversions de hiérarchies qui problématisent la question du retour à l'ordre (ex: phénomènes de carnaval et de carnavalesque, d'entre-deux festif), les contestations ou négociations des termes d'un rapport de force (ex: manifestations, grèves, mais aussi la critique féministe et queer), les transformations parodique ou burlesque d'une pratique ou d'un thème associés à une culture dominante, notamment dans l'expression d'une culture minoritaire (ex: performance du signifying monkey et son double public); les redéfinitions de la cartographie du genre (ex: dans les performances, le cinéma documentaire au féminin). Un tel objet impose d'étudier conjointement la performativité du discours et les rapports de force économiques et sociaux qui s'expriment dans des contextes historiques spécifiques : il suppose une collaboration entre civilisationnistes, spécialistes des textes littéraires ou d’autres arts et médias, et linguistes.

Une réflexion proprement linguistique sera menée sur les “Tensions productives”, qui inclura: une contribution active aux recherches du sous-axe dans leurs dimensions discursives et langagière, notamment dans l'étude du vernaculaire ou des énoncés perçus comme déviants ; d'autre part, une réflexion  plus spécifique sur les tensions tant entre les niveaux de description linguistique, qu'entre marqueurs eux-mêmes et structures ou constructions d'accueil, ou qu'entre les différents effets de sens d'un même marqueur. 
   

Thématique 2. Figures du hors-norme

Ce deuxième volet examinera les représentations des individus qui sont désignés, ou qui ont été représentés, comme “hors-norme” dans le monde anglophone. Ils nous intéresseront particulièrement dans la mesure où ils dérangent et simultanément révèlent le fonctionnement d'un ordre social dans un contexte historique, linguistique et culturel précis. Nous nous proposons donc d'étudier différentes figures qui révèlent les tensions, les ambivalences et les contradictions immanentes à l'ordre social.

Ainsi, la figure du criminel, en particulier celui dont le crime est perçu comme atypique ou « sensationnel », sera envisagée à travers ses représentations dans l'histoire littéraire, journalistique, médicale, judiciaire. D'autre part, la figure du freak, du superhéros et du monstre nous permettra d'étudier des représentations de l'anomalie physique sans nécessairement faire appel à la catégorie du grotesque, mais en envisageant le corps comme porteur de sens, stigmatisé ou pas, ou porteur d'une dynamique (sociale, narrative, esthétique). La figure de l'animal exceptionnel nous intéressera également, en ce qu'il peut être convoqué comme cas-limite ou paradigme d'une classe, mais qu'il demeure à la frontière de la tératologie. Nous étudierons les figures apparentées de l'intrus, du reclus ou de l'ermite, et du héros marginal dans un groupe dont il peut paradoxalement incarner les valeurs. Sans que cette liste soit exhaustive, ces figures du hors-norme ont en commun de déranger les taxinomies mais aussi de désigner des points d'articulation entre divers ordres (judiciaire, médical, religieux, esthétique) qui circonscrivent l'individu « différent ».
   

Thématique 3. Subversions et Re-créations

Ce troisième volet s'intéressera à des formes et des pratiques artistiques et/ou populaires se situant à la marge de la culture mainstream, dont le rapport avec la subversion et la transgression, toujours complexe et parfois ambigu, se manifeste par le biais de l'emprunt, de la réécriture et de la répétition. Seront considérées les pratiques artistiques dont le projet témoigne d'une volonté assumée de remettre en question un certain nombre de normes sociales, idéologiques et esthétiques (cinéma indépendant, underground et expérimental, documentaire, théâtre et poésie expérimentaux, performance). 


La question de la scission vis-à-vis d’une norme nous amènera à interroger le manque de considération des œuvres produites en marge des industries culturelles de masse, œuvres reléguées parmi les “mauvais genres” et même parfois accusées d’être de “mauvais goût” (cinéma d'horreur ou d'exploitation, paralittérature, mais aussi remake ou adaptations d’œuvres jugées mineures). L'analyse d'oeuvres dans lesquelles la création est conçue comme une re-création permettra d'identifier des stratégies relevant de la subversion et de la transgression et de jauger de leur efficacité au sens où l'entend Jacques Rancière : faire vaciller les paradigmes esthétique et politique.